Pollution minière : Imerys, l’ogre des ruisseaux bretons
La mine de Glomel ne fait plus consensus. Entre les associations écologistes d’un côté, et une municipalité soutenant Imerys de l’autre, le torchon brûle et la parole scientifique est mise de côté. Seulement, de nouveaux relevés prouvent une acidité de la nappe phréatique pouvant être en lien avec l’extraction.

Le versant de la mine de Glomel se situe à l’extension Est Sabès ©Louise Boeri et Lola Renaudat
Une quatrième fosse de trop
Depuis 55 ans, Glomel, village de centre Bretagne est devenu la mine d’or de la société Imerys grâce à l’extraction de l’andalousite. Ce minerai rare résiste aux fortes chaleurs. Il est utilisé dans nos objets du quotidien comme nos téléphones ou nos fours, mais aussi dans l’armement.
Le site de Glomel, à lui seul, représente 25% de la production mondiale. Seulement, ce 2 juin 2025, le projet d’une quatrième et dernière fosse d’extraction divise.
Le maire de Glomel, Bernard Trubuilt, fils d’un ancien ouvrier de la mine, a vu la carrière évoluer et les conséquences de l’extraction sur sa commune. « La pollution est ancienne pour la bonne raison que la carrière a ouvert en 1970. Les règles environnementales n’existaient pas à l’époque.» Et le calvaire commence à Glomel. Une enquête de Splann! révèle en 2024 la pollution des sédiments du Crazius, un ruisseau à proximité de la fosse numéro 3, dans lequel y sont déversés les rejets de l’entreprise. Les analyses demandées par le média démontrent une quantité anormalement élevée d’arsenic, cadmium, cobalt ou encore de cuivre, dans les sédiments.
C’est au téléphone que nous retrouvons Armelle Renault, ancienne ingénieure agronome et agricultrice, elle est l’une des lanceuses d’alerte de la commune. Elle déroule son fil, « Imerys utilise la zone naturelle de Magoar et les 7 kilomètres qui les séparent du premier captage d’eau, pour utiliser la nature comme épurateur des pollutions métalliques produites.» Seulement, ce constat arrange Imerys qui se défend dans son droit de réponse à Splann!, « L’article s’appuie sur des analyses de sédiments trouvés dans l’eau, qui par définition mesurent ce qui se trouve enfermé dans les sédiments et ne sont pas représentatifs de manière exhaustive de l’impact sur l’eau.»
Après les sédiments, les eaux bretonnes
Autour des 265 hectares de la société Imerys se dressent de grandes haies qui camouflent les versants. Les habitants à proximité font de même « pour protéger leurs terres et créer un barrage grâce à la biodiversité » témoigne Arnaud Lecompte, un des rares habitants du petit hameau de Guermeur. Situé à l’est de la mine, le bruit sourd lancinant résonne dans la vallée dépeuplée à travers les années. Arnaud et sa femme (voulant rester anonyme) se battent depuis plusieurs années contre l’entreprise. Elle est native de la zone et a vu ses paysages changer : mise à sec du Kerjean, ruisseau situé au nord du hameau, ce qui provoque l’assèchement des zones vaseuses.

Plan visible dans l’avis d’enquête publique. Département des Côtes d’Armor, 2023
Jeudi 11 septembre 2025, la situation prend un autre tournant dans la salle du conseil municipal de Glomel. Des résultats d’analyses d’eau prélevée en mai dernier sur deux piézomètres (appareils réalisant des prélèvements des nappes phréatiques) situés côté Blavet ont été transmis aux élus. Nous nous les sommes procurés. Ils démontrent la présence de métaux non plus dans les sédiments mais désormais dans les nappes phréatiques. Ce qui annoncerait une contamination du Kerjean et des eaux environnantes, potentiellement dû à une fuite de la fosse numéro 2. Nous avons transmis ces données à Frédéric Gimbert, spécialiste des pollutions minières et chercheur en écotoxicologie au laboratoire Chrono-environnement de Besançon (CNRS-Université Marie et Louis Pasteur), sollicité auparavant par Splann!.

Relevé scientifique d’eau prélevé en mai dernier sur deux piézomètres situés côté Blavet. Avec les cinq composantes obligatoires par l’Etat.
“On met un poisson là dedans, il meurt”
« Le pH est très acide, ce qui pourrait témoigner d’un impact d’origine non naturel », conclut le chercheur les yeux plongés dans le relevé. Cette acidité de l’eau, selon lui, pourrait être due à une activité anthropique de surface (agriculture, industrie), mais n’écarte pour autant pas l’hypothèse d’une fuite des drainages de la fosse deux. Ces conditions acides facilitent la solubilisation de certains métaux, comme l’aluminium ou le nickel dont les valeurs sont très élevées. « Elles dépassent certains seuils de toxicité pour les organismes vivants, on met un poisson là dedans, il meurt », poursuit-il. Ces valeurs anomaliques peuvent amener à des questionnements sur la sanité des eaux souterraines et représentent un potentiel danger pour l’environnement et sa biodiversité. Imerys de son côté affirme que « tous les résultats sont conformes et qu’aucun incident n’a été relevé en 2025 » . Pour Armelle Renault, les résultats « confirment que la pollution arrive au niveau de la nappe phréatique du Kerjean. Ce qui amène à un drainage minier acide au niveau du fleuve qui alimente le lac de Glomel. C’est-à-dire que dans 50 ans, ces éléments vont migrer et rendre la zone complètement polluée. »
Dires scientifiques
Maintenant, plaçons notre curseur sur les exigences environnementales, réglementées par l’Etat. Si l’on s’y penche, les autorités imposent le relevé de seulement cinq composants, sur la vingtaine de métaux toxiques pouvant être présents dans les eaux. Seulement, impossible de leur « reprocher quoi que ce soit à ce niveau là », souligne Bernard Trubuilt, « je ne les défends pas bec et ongle… Ils ont des contraintes environnementales, ce ne sont pas eux qui les fixent, mais ils les respectent. »

Fosse numéro 3 de la mine de Glomel, située à Kersaisy ©Louise Boeri et Lola Renaudat
L’ensemble des analyses réalisées sur la zone sont produites par Imerys. Jean-Yves Jego, président de l’association Douar Bev, dessine un point d’interrogation autour de la fiabilité des rapports d’analyses. « Il y a un biais , celui du rapport financier, les experts étant financés par Imerys. Ils ne veulent pas être blacklistés sur d’autres sites. »
L’enquête publique réalisée par la MRAe (Mission Régionale d’autorité environnementale) nécessaire avant l’ouverture de la quatrième fosse , est l’une des rares études non commanditées par Imerys. Celle-ci est remise en cause par le maire de Glomel : « Je pense que tout n’était pas vrai au niveau sanitaire. Il a été dit qu’il y avait beaucoup de cancers. Il y en a eu mais pas au niveau de l’usine (…) et je pense que c’est plus lié au niveau agricole…»
Les prochains prélèvements d’eau sur la commune seront réalisés dans le lac de Glomel où le Kerjean se jette. Le rapport de 27 000 euros, est en partie financé par Imerys à la demande de la préfecture.
